Très brève histoire de la Birmanie - Les bottes et le soutra
Bien que les premières traces de peuplement en Birmanie remontent au onzième millénaire avant Jésus-Christ, la première culture structurée recensée dans la région est celle des Môns, un peuple apparenté aux Khmers, établi dans le delta du fleuve Irrawaddy autour de 3000 ans avant notre ère. La très forte présence bouddhiste dans ce pays s'explique en partie par la propagation précoce de cette religion, dès le deuxième siècle avant J.C., sous l'impulsion d'Ashoka, l'un des plus grands souverains indiens, qui aurait reçu l'illumination avant d'œuvrer inlassablement en faveur de la diffusion des pensées du Bouddha.
Au VIIe siècle, la Birmanie se divise en cités-États rivales. Selon les chroniques chinoises, ces principautés parviennent à régler leurs différends sans recourir à la lutte armée. La guerre est presque inexistante, seuls des champions désignés par les camps adverses s'affrontent afin d'arbitrer les conflits. L'invasion des armées du royaume de Nanzhao change la donne. Nanzhao s'est affranchi de la dynastie Tang, mais subit la pression des Chinois au Nord, et des Tibétains sur son flanc Ouest. Ses souverains optent donc pour un développement politique en direction du Sud, où ils se heurtent aux peuples de Birmanie et d'Indochine. C'est à cette époque, autour de l'An Mil, que l'ethnie birmane pénètre sur les terres que ses membres vont baptiser. Elle représenterait à l'heure actuelle les trois quarts de la population. Les Môns sont chassés ou assimilés, tandis que, grâce aux conquêtes mongoles, les Birmans sont débarrassés de leur belliqueux voisin Nanzhao. Le répit ne dure qu'un temps, car ici comme ailleurs, les Mongols poussent leur avantage. Ils écrasent le roi Narathihapati en 1277, à la bataille de Ngasaunggyan, livrée au Yunnan. Le pays est ravagé, son unité se disloque pour longtemps.
Une autre conséquence de l'expansion mongole est l'arrivée des Thaïs, non bouddhistes, qui vont mener la vie dure aux Birmans durant les XIVe et XVe siècles. Plusieurs royaumes se font la guerre, pendant que les peuples riverains portent eux aussi de rudes coups. Il faut attendre le règne du souverain Anaukpetlun, sacré en 1605, pour voir la Birmanie recouvrer son unité, à l'intérieur de frontières grossièrement comparables à celles qui sont les siennes aujourd'hui. Entre-temps, les Portugais ont pris pied dans la région, fondant un réseau de comptoirs qui s'étend du sous-continent indien à la péninsule indochinoise. Les Britanniques leur emboîtent le pas, par l'entremise de la célèbre Compagnie des Indes orientales. Ce sont eux qui vont entreprendre de coloniser le pays.
Malgré une brève période isolationniste dans la politique birmane, l'influence anglaise ne cesse de croître au cours du XVIIIe siècle. L'époque est également aux incursions chinoises. Dupleix, gouverneur de Pondichéry en Inde, attise un soulèvement des Môns en 1752, tentant vainement d'étendre la rivalité franco-anglaise à l'Asie du Sud-Est. Mais ce sont les sujets britanniques qui gardent la haute main sur les affaires régionales. L'expansionnisme birman va se retourner contre ses instigateurs et servir les intérêts des colonisateurs européens. Sous prétexte de défendre le Bengale, les troupes anglaises refoulent les Birmans, puis occupent Rangoon en 1824. La Birmanie est dépecée, privée de plusieurs provinces ainsi que de ses récentes conquêtes. Après une phase d'apaisement, les relations entre les deux États se détériorent de nouveau. La couronne d'Angleterre intervient en 1852. La campagne se solde par l'annexion de nouvelles portions du pays.
Le roi Mindon est contraint de déplacer sa capitale à Mandalay. Afin de tenir en respect les Britanniques, il dépêche des missions diplomatiques à Paris, Washington et Moscou. Les Anglais décident d'en finir avant que les Français ne s'immiscent dans la partie. En 1885, un corps expéditionnaire s'empare de Mandalay. La résistance birmane se poursuit toutefois jusqu'au tournant du XXe siècle. Après la victoire finale de l'occupant, le pays est rattaché à l'Empire des Indes. Cette situation va se prolonger jusqu'en 1937, date à laquelle est promulgué le « Burma act », qui rétablit l'indépendance de la Birmanie, cependant toujours sous tutelle anglaise. Durant la décennie 1930, des mouvements nationalistes et surtout communistes s'efforcent de secouer le joug.
Un oppresseur chasse l'autre
Lors de la seconde Guerre Mondiale, les indépendantistes se rapprochent des Japonais, qui ont rapidement gagné du terrain en Asie du Nord. Les « libérateurs » font leur entrée en janvier 1942. Accompagnés de leurs supplétifs locaux aux ordres du général Aung San, père de la célèbre dissidente Aung San Suu Kyi, Ils renversent le pouvoir pro-Anglais et s'emparent des ressources pétrolières birmanes. Le docteur Ba Maw et ses « Trente Camarades », expression désignant une petite élite formée au Japon, constituent un nouveau gouvernement. Ils déchantent bien vite face au comportement des Japonais. La résistance s'organise, seule dans un premier temps, puis forte du soutien humain et logistique des Britanniques. À l'issue de la guerre, Aung San se rend à Londres afin d'y négocier l'indépendance de son pays. Celle-ci est proclamée le 4 janvier 1948, six mois après l'assassinat du signataire du traité. Le Président U Nu, un réformiste modéré, tente d'apaiser les tensions grandissantes avec les communistes, ainsi que les risques d'insurrections ethniques et même de sécession. En 1958, il prend le risque de confier à l'armée le soin de mater la révolte puis de rétablir l'ordre. U Nu parvient pourtant à restaurer son autorité en 1960. C'est sa détermination à faire du bouddhisme la religion d'État qui va précipiter la chute d'U Nu. Car cette volonté déclenche une formidable levée de boucliers chez toutes les minorités. Elle manque de plonger le pays dans la guerre civile.
Le 2 mars 1962, le général Ne Win s'empare du pouvoir à la faveur d'un coup d'État militaire. À la tête du Parti - unique - du Programme Socialiste Birman, Ne Win instaure un régime fort et autoritaire, tendant vers l'autarcie économique. Le pays se replie sur lui-même. À l'instar de l'Armée Populaire de Libération en Chine, l'armée birmane, auréolée du prestige d'avoir gagné de haute lutte l'indépendance nationale, occupe un rôle de premier plan au sein des institutions. Le général Ne Win est renversé par un second coup d'État en 1988. Quoique d'orientation plus libérale, la junte promue au pouvoir renie sa promesse d'organiser une transition démocratique. Elle refuse ainsi de reconnaître le résultat des élections de 1990, remportées par Aung San Suu Kyi. Au cours des années 1990, la répression à l'encontre des minorités ethniques et de l'opposition démocratique s'accroît. Officiellement, le pouvoir est aux mains d'une Convention nationale chargée d'élaborer une nouvelle constitution, en réalité un instrument contrôlé par la junte. En parallèle est créée l'Union Solidarity and Development Association, une organisation de masse vouée à enraciner socialement le régime. L'USDA regrouperait à ce jour plus de 15 millions des près de 50 millions de Birmans. La libération sans condition d'Aung San Suu Kyi le 10 juillet 1995, après six ans d'assignation à résidence, n'a produit que des résultats très limités en faveur de la démocratisation du pays. Bien que la Birmanie ait rejoint l'Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN) en juillet 1997, la plus grande opacité est toujours de mise.
À l'heure actuelle, certains observateurs tendent à considérer que le pouvoir de la junte est à bout de souffle. En 2007, l'entrée en lice des moines dans le conflit visant à protester contre la hausse des prix du carburant a fait vaciller le régime. Pour le moment, le pays panse ses plaies après les énormes ravages causés par le cyclone Nargis. Mais désormais qu'Aung San Suu Kyi est libre de toute entrave, le temps pourrait être compté avant l'avènement de la démocratie en Birmanie.
Ujisato
Tags : Birmanie
Commentaires
#1 ChkJe souhaite vous contactez afin d'établir avec vous un partenariat avec notre société :)