La bataille de Tsushima, 1905 - La résurrection de Yamato

Les 27 et 28 mai 1905, au large du détroit de Tsushima, une grande île au Sud de l'archipel nippon, une escadre russe tentant de porter secours aux armées tsaristes menacées en Mandchourie se heurte aux meilleurs bâtiments de la toute nouvelle Marine Impériale japonaise. L'issue de la bataille déterminera celle de la guerre qui oppose le Japon à la Russie depuis un an, avec pour enjeu la domination du Nord-Est du continent asiatique.


L'Asie secoue le joug des puissances coloniales

En 1900, la rébellion nationaliste des Boxers éclate en Chine. Elle met à mal, pour un temps, les possessions des puissances coloniales occidentales, et marque le début d'un processus d'émancipation des grandes nations d'Asie à l'égard de leurs protecteurs, même si ceux-ci, au premier rang desquels figurent la Grande-Bretagne et la France, demeurent solidement établis par le biais d'une ceinture côtière de comptoirs marchands et d'un réseau d'alliances.
Prenant acte des soubresauts de l'Empire du Milieu, la Russie du Tsar Nicolas II prend la décision de renforcer ses garnisons frontalières aux confins du pays, en Sibérie et en Mandchourie, ce qui contrarie la volonté d'expansion coloniale nippone, principalement dirigée vers la péninsule coréenne et les formidables ressources que recèlent les gisements mandchous.







Le 8 février 1904, exactement comme il le fera à Pearl Harbor quelques 37 ans plus tard, le Haut-Commandement japonais décide d'engager les hostilités sans déclaration de guerre préalable, et coule trois navires russes au mouillage dans la rade de Port-Arthur, la grande base navale russe en extrême-orient. Le corps expéditionnaire terrestre nippon entame alors sa marche sur le Nord, prenant successivement Séoul et Liaoyang les 1er mai et 3 septembre. La Corée se trouve une fois de plus sur le chemin des projets impérialistes de son ambitieux rival. Port-Arthur tombera à son tour au prix d'effroyables pertes dans les vagues d'assaut japonaises : plus de 30 000 combattants seront fauchés et 70 000 blessés par le feu dévastateur de l'artillerie et les combats sanglants de la guerre de positions. Dix ans avant la Première Guerre Mondiale, le monde découvre avec effroi le terrifiant pouvoir de destruction des armes mécaniques modernes. Trop peu de stratèges européens en tireront les enseignements pourtant précieux, et la grande boucherie des offensives d'infanterie vaines et suicidaires se reproduira à l'infini dans la boue des champs de bataille français.

En dépit de l'hécatombe, les forces nippones prennent un avantage décisif, et l'armée russe se trouve bientôt en grande difficulté.

Un nouveau Léviathan entre en lice

C'est afin de rémédier à cette situation pénible que le Tsar ordonne le redéploiement de la flotte de la Baltique sur le front oriental. Dès l'automne 1904, l'amiral Rojdestvenski appareille pour un périlleux périple, long de huit mois, semé de manques d'approvisionnement en charbon et d'escarmouches avec les bâtiments de la Marine Royale britannique, alliée opportune du gouvernement japonais.
La Grande-Bretagne est en effet liée par un traité d'assistance mutuelle à la Maison Impériale depuis le retour de cette dernière à la tête du pays lors de la Restauration Meiji, en 1867 : la subtile Albion ayant eu beau jeu de choisir le parti de l'Empereur quarante ans auparavant, lorsque son adversaire séculaire, la France, misait à fort mauvais escient sur le dernier Shogun de la dynastie Tokugawa.

A ce stade des opérations, les japonais sont maîtres des eaux. Le 27 mai, peu avant l'aube, l'amiral Togo prend la mer avec pour mission d'intercepter la flottille de secours russe. Il commande une escadre composée de 4 cuirassés et 8 croiseurs lourds escortés par de nombreux navires de tonnage inférieur : destroyers, frégates et torpilleurs.
Cette force navale, constituée essentiellement d'unités récentes, conjugue la vélocité à la puissance de feu grâce aux imposantes tourelles à deux pièces de très gros calibre des cuirassés. Elle est le fleuron de la nouvelle Marine Impériale, petite sœur de l'Armée qui a écrasé trente ans plus tôt les dernières révoltes des guerriers Samouraï.
Calquées sur les modèles français et anglais tout en étant les héritières de la prestigieuse tradition militaire nippone ; ces armes, qui ont donc déjà démontré par le passé leur efficacité opérationnelle, sont sous-estimées à tort par les états-majors occidentaux. Ceux-ci en feront les frais aux premiers temps de la Seconde Guerre Mondiale. L'Empereur entend bien quant à lui en faire les instruments politiques qui permettront au Japon de faire jeu égal avec ses partenaires d'autrefois dans le concert des nations.







« Virez par la contremarche »

En début d'après-midi, les deux flottes entrent en contact visuel. Togo prend alors une initiative audacieuse bien que particulièrement dangereuse : il ordonne à son escadre de virer par la contremarche, une manœuvre destinée à barrer la route aux navires russes, mais qui expose durant douze interminables minutes le flanc de ses bâtiments aux projectiles ennemis. Le timoré Rojdestvenski ne profite pas de cette opportunité unique, et voit bientôt sa flottille enfermée dans un schéma tactique très défavorable.
C'est au tour de la flotte japonaise d'ouvrir le feu. Bien que Togo dispose d'une supériorité numérique globale, il n'aligne que quatre cuirassés face aux huits navires russes de classe équivalente. Mais les bâtiments impériaux sont équipés de télémètres, des outils de guidage qui offrent une précision de tir très supérieure.
Leurs canons crachent la mort : les obus chargés de poudre Shimosa, une substance chimique hautement inflammable et explosive exhalant des vapeurs toxiques, le feu grégeois nippon, s'abattent en pluie et déchirent le blindage des bâteaux russes, qui s'embrasent l'un après l'autre.

C'est l'hallali. Les torpilleurs japonais entrent en lice à leur tour, et se livrent à une véritable curée sur l'escadre du Tsar immobilisée. Rojdestvenski est littéralement pris au piège. Malgré le court répit de la nuit, le carnage se poursuit le lendemain. A 10H45, le 28 mai, la poignée de navires russes qui tient encore la mer amène son propre pavillon et fait hisser en lieu et place le drapeau impérial frappé du soleil rouge en signe de reddition.

Togo a envoyé par le fond 6 cuirassés, un autre s'est sabordé plutôt que de tomber aux mains de l'ennemi, et le dernier a été capturé. 22 autres navires sont détruits, 6 se sont rendus, et seuls 9 d'entre eux sont parvenus à franchir le tir de barrage pour trouver refuge, qui a Vladivostock, qui dans des ports neutres. Les pertes en hommes s'élèvent à plus de 6000 hommes pour les russes, face à quelques centaines du côté japonais.







La victoire du Japon est sans appel. Elle précipite la capitulation de la Russie, qui sera signée à Portsmouth le 5 septembre 1905, sous l'égide du Président des Etats-Unis, Théodore Roosevelt.
La Marine Impériale fait une entrée fracassante dans les rangs des grandes puissances navales. Il faudra désormais compter avec le Japon, qui se rend maître du même coup de cet empire continental si longtemps convoité. Ses troupes occupent en effet Port-Arthur, Dairen, la province du Liaodong ainsi que la section Sud de l'île septentrionale de Sakhaline. En outre, le gouvernement nippon obtient un droit de protectorat sur la Corée.
Cet embryon d'espansion constituera le noyau à partir duquel les armées japonaises lanceront leurs campagnes de conquête au cours des années 20 et 30, avant de se confronter aux interêts occidentaux, ce qui amènera le Japon à se ranger au côté de l'Allemagne nazie pour former l'Axe lors de la Seconde Guerre Mondiale.

Tsushima consacre également le rôle stratégique de premier plan joué par les cuirassés dans les dispositifs de combat navals modernes. L'Amirauté nippone, trop confiante, ne saura cependant pas anticiper leur déclin, et persistera à fonder sa doctrine sur l'emploi de ces lourds vaisseaux de ligne jusqu'à la bataille de Midway, en 1942. Cette victoire américaine verra au contraire l'avénement des forces aéronavales axées autour des porte-avions.

Après cette fulgurante résurrection de l'influence japonaise en Asie, l'humiliante défaite de 1945 fournira au Pays des Dieux l'occasion de démontrer une nouvelle fois la formidable capacité de mobilisation nationale durant le spectaculaire redressement économique de l'immédiat après-guerre.

Ujisato


Commentaires

#1 lafilu

Récit intéressant mais indigeste car beaucoup trop pro-Japonais.

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