Summer Wars - Un été au pays d'OZ
Summer Wars, film d'animation signé Mamoru Hosoda, propose un agréable divertissement autour du thème de la réalité virtuelle et de l'avenir des plateformes communautaires. Mêlant les genres, témoignant d'une véritable maestria visuelle, Summer Wars plonge le spectateur dans un scénario original où la tradition et la modernité jouent un rôle égal.
Kenji, jeune lycéen qui ne présenterait aucune particularité s'il n'était pas extrêmement doué en mathématiques, se voit, un jour d'été, plus ou moins kidnappé par une des plus jolies filles du lycée pour un job dans la maison familiale de celle-ci, à la campagne. Sans le savoir, il s'est fait enrôler pour jouer le rôle du petit ami de la demoiselle aux yeux de toute sa grande famille, et surtout face à l'aïeule et pilier de celle-ci, dont on se prépare à fêter les 97 ans. Une situation qui serait déjà bien assez épineuse pour le pauvre Kenji, qui ne s'en tirera pas pourtant à si bon compte. En effet, pendant que l'adolescent tente tant bien que mal de ne pas perdre pied entre les manigances de sa jolie camarade de classe et les vieilles histoires de cette grande famille, Oz, la plateforme communautaire d'échelle mondiale, se voit attaquée par un dangereux virus, qui va bien sûr se servir du compte du malheureux garçon... Tout le monde utilise Oz, et on peut tout faire depuis Oz. Autrement dit, le virus a accès à toutes les infrastructures, tous les systèmes de sécurité du monde, et peut en faire ce que bon lui semble... Début d'un été mouvementé, où vont se mêler arrestations, graffitis, tournois de Hanafuda[1], combats, histoire du Japon, pièges, téléphones portables, stratégie, bacs de glace, baseball, monde virtuel et mathématiques, le tout dans une joyeuse et bruyante explosion d'énergie.
Par le réalisateur de La Traversée du Temps, Summer Wars apparaît comme un bon film estival, festif et pas trop prise de tête. C'est le cas, mais c'est plus que ça en même temps. Il bénéficie en premier lieu d'un scénario en dehors des sentiers battus qui, s'il perd peu à peu en vraisemblance, nous plonge rapidement dans un délire jouissif qui n'est pas sans rappeler des animes tels que FLCL, où l'histoire semble avant tout prétexte à une explosion d'énergie libératrice et rafraîchissante. Il y en a pour tous les gouts dans Summer Wars : aux affrontements style shonen succède un subtil parfum de shojo dans les moments difficiles que traversent les deux adolescents, vite remplacé par un petit numéro historique avec la narration des exploits des ancêtres Jounichi[2]. On a même droit à une magnifique scène de magical girl, que demander de plus?
À la jonction du réel et du virtuel, des anciennes légendes et de la science fiction
Summer Wars est intéressant également dans la mesure où il peut être vu comme un film à double face. Il narre la collision de deux ambiances, de deux univers, pas seulement parce que l'histoire se passe alternativement dans le monde d'Oz et le monde réel, mais à cause de ce que représentent ces deux facettes de la réalité.
D'un coté, Oz, monde virtuel anticipé, plateforme communautaire telle qu'elle existera peut-être d'ici quelques années. Tout le monde a un compte Oz, car c'est devenu en quelque sorte une centralisation d'Internet, un net 3.0 hyper personnalisé où l'on utilise son avatar aussi bien pour envoyer des mails que pour faire ses courses, discuter ou même se connecter à la base de données de son travail...
En parallèle, notre héros se retrouve plongé dans le Japon traditionnel, au sein d'un clan ancien qui porte avec lui une longue histoire guerrière, grande famille dont le pilier central et la plus ancienne de ses membres est le cœur d'un réseau de connaissances impliquant certains des dignitaires les plus influents du Japon, et dont la maison principale est une magnifique demeure à l'ancienne, où les valeurs familiales sont très fortes.
Projections sur le futur du web
Le film joue donc beaucoup sur l'opposition entre ces deux univers si diamétralement opposés, et sur les conséquences de leurs interactions, d'abord minimes puis de plus en plus dramatiques... Pourtant, il ne faut pas y voir une critique à l'égard de la modernité ni quoi que ce soit d'approchant, bien au contraire. Si le film nous invite peut-être à réfléchir sur les implications que peut avoir un système aussi universel que celui de Oz, il en donne avant tout une image positive, un outil de progrès et de partage, à condition de pouvoir en conserver la maîtrise. C'est grâce à Oz par exemple que Kazuma, un des jeunes membres de la grande famille Jounichi, a pu apprendre à devenir plus fort et à avoir confiance en lui. Et c'est toujours dans Oz, grâce à l'entraide qui va s'instaurer entre ses milliers, centaines de milliers d'utilisateurs, que le danger pourra finalement être combattu.
Une recherche graphique très aboutie
Summer Wars nous offre donc une histoire pleine d'espoir et de fraîcheur, extrêmement bien portée par les dessins de Yoshiyuki Sadamoto (chara-design) et Yoshi Takeshige (directeur artistique), dont les débuts aux studios Ghibli se font sentir au travers des magnifiques paysages qu'ils dessinent pour Summer Wars. De plus, le rendu diffère clairement entre le monde d'Oz, où l'on retrouve facilement images 3D et couleur vives, et le monde réel avec un traitement de l'image plus classique et une esthétique plus douce et plus sobre. L'animation, dynamique, est irréprochable, très fluide et rapide. Les scène de combats, entre autres, sont très bien réalisées et le dessin n'oublie pas de se faire humoristique quand la situation l'exige. On pourrait éventuellement reprocher au film une utilisation des images de synthèse qui aurait pu être plus aboutie, mais devant la maîtrise qui est faite de l'animation traditionnelle et l'excellent rendu de l'ensemble, on oublie facilement ces détails pour apprécier enfin un film d'animation moins synthétique que ce à quoi on a habituellement droit.
Summer Wars est donc un excellent film d'animation à tous points de vue, preuve encore une fois de la maîtrise japonaise en la matière, et qui, de plus, traite de thèmes intéressants, illustrant bien le fameux contraste japonais, « entre tradition et modernité ». Mais que les non asiaphiles ne se sentent pas délaissés, le sujet est universel. À l'instar d'autres films tels que 8th Wonderland par exemple, il explore les possibilités offertes par les réseaux communautaires, qui deviennent de plus en plus la norme sur Internet... Mais en restant léger, le film préférant mettre en avant un succulent côté délirant et estival, pour le plus grand plaisir des spectateurs.
Neko
Notes:
[1] Le Hanafuda est un jeu de cartes assez populaire au Japon ainsi qu'en Corée. Il est composé de 48 cartes réparties en 12 séries représentant les 12 mois de l'année. De plus, chacune de ces cartes appartient à une famille lui attribuant plus ou moins de points. Ces cartes permettent de jouer à un certain nombre de eu dont le koi-koi, et les membres du clan Jounichi en sont très friands...
[2] La famille des Jounichi descend en fait d'une très ancienne famille de la région Ueda dont les membres étaient autrefois des vassaux du fameux clan Takeda dont on ne vantera pas les mérites, dans un souci de modestie. Ce clan a entre autre participé aux deux sièges de Ueda et contribuer à défaire l'ennemi. Dans la réalité, le clan Jounichi est inspiré de la famille Sanada, qui a effectivement participé aux fameux siège de Ueda, en se repliant dans le château afin d'attirer l'ennemi dans un piège.
Tags : MamoruHosoda, SummerWars, anime
Commentaires
#1 horoscopeJ’adore ce site, merci a tout ceux qui l'on crée, j’y ai appris beaucoup de chose,très positif,mille merci a vous.