Hommage à Satoshi Kon - Maître des rêves
Mardi 24 août 2010, journée de deuil pour l'animation japonaise. En ce jour funeste, un de ses plus grands représentants vient de s'éteindre, des suites d'une longue maladie. Atteint d'un cancer, Satoshi Kon vient en effet de rendre son dernier souffle, à l'âge de 46 ans. Hommage à cette immense figure du monde de l'animation, visionnaire avant tout.
Perfect Blue, Millenium Actress, Tokyo Godfathers, Paprika, sans oublier Paranoia Agent, autant de titres incontournables qui jalonnent une carrière sans faute, mais définitivement trop courte à biens des égards.
Né le 12 Octobre 1963 dans la banlieue de Hokkaido, Satoshi Kon s'intéresse très vite durant son enfance et son adolescence au dessin et au milieu de l'animation. Dans les années 1980, il découvre le percutant manga Domu de Katsuhiro Otomo, qui constituera une grosse influence pour lui. Diplômé de l'université des Beaux-arts de Musahino, il débute sa carrière par le manga, et reçoit dès son premier essai, Toriko, paru en 1985 dans la revue Young Magazine, sa première récompense avec le prix Tetsuya chiba d'excellence pour débutant.
Du rêve à la réalité, il devient par la suite assistant de son mentor, Otomo lui-même, sur le cultissime Akira, avant de sortir en 1990 aux éditions Kodansha son premier manga relié, Kaikisen - retour vers la mer (disponible depuis 2004 en France aux éditions Sakka Casterman), aventure fantastique alliant poésie et suspense revisitant le mythe de la sirène.
L'année suivante, il collabore une nouvelle fois avec Otomo sur le film-live World Apartment Horror, adaptation de son second manga. Sous l'influence de Katsuhiro Otomo, Satoshi Kon délaissera par la suite le manga pour se former aux différents métiers de l'animation, que ce soit comme concepteur des décors sur l'OAV Roujin-Z de de Hiroyuki Kitakubo (sur un scénario... de Otomo !), et Patlabor 2 de Mamoru Oshii, ou comme scénariste et story-boarder sur un épisode des OAV de JoJo's Bizarre Adventure.
Il franchit un nouveau cap en 1993, en poursuivant sa collaboration avec Otomo sur le segment Magnetic Rose du projet omnibus Memories, dont il signe avec le réalisateur Koji Morimoto le scénario, ainsi que le design des décors.
Ses premières armes ainsi faites, Satoshi Kon décide passer à la réalisation en 1997, lorsqu'il se voit confier l'adaptation d'un roman de Yoshizaku Takeuchi. Pour cette première collaboration directe avec le studio d'animation Madhouse, il décide alors de retravailler totalement le scénario, n'ayant pour seule obligation imposée par la production que de conserver trois éléments clés : "idole", "stalker" et "horreur". Initialement prévu uniquement pour une sortie directe en vidéo, Perfect Blue sortira finalement dans les salles obscures, remportant un immense succès aussi bien critique que public.
Avec cette histoire de pop-idole poursuivie par un de ses fans jusqu'à en sombrer dans la shizophrénie, Kon livre un thriller hitchockien oppressant et déroutant, où s'entrecroisent avec justesse flash-backs et réalité subjective. Glanant de nombreux prix internationaux, Perfect Blue sera également par la suite une source d'inspiration pour de nombreux cinéastes, notamment l'américain Darren Aronofsky qui, pour l'anecdote, en reprendra des plans entiers dans son film Requiem for a dream.
Surfant sur ce flagrant succès, Satoshi Kon sort en 2002 son second film en tant que réalisateur : Millenium Actress, dont il co-signe également le scénario. Le film raconte l'histoire fascinante d'une grande actrice de cinéma ayant mystérieusement disparu alors qu'elle était au sommet de sa carrière. Mélangeant passé et présent, réalité et fiction, ce film à la narration déstructurée est un second triomphe pour son réalisateur, couronné du grand prix lors de la 5e édition du prestigieux Japan Media Arts Festival catégorie animation, ex aequo avec Le Voyage de Chihiro de l'immense Hayao Miyazaki.
L'année suivante, Kon décide de changer de style avec le très familial, mais pour autant ô combien réussi, Tokyo Godfathers. Délaissant les narrations complexes et autres réalités subjectives, il expérimente cette fois-ci la comédie au travers de trois sans-abris hauts en couleurs qui découvrent le soir de Noël un bébé abandonné dans les ordures, et qui décident de retrouver ses parents. Pourtant, malgré une certaine légèreté qui lui confère un caractère plus populaire que ses précédents longs-métrages, le réalisateur n'en oublie pas pour autant d'explorer les travers de la société qui l'entoure (précarité, violence gratuite, exclusion) ou encore la fuite des réalités au travers de personnages touchants et profondément humains.
A noter qu'une fois de plus, Satoshi Kon glane de nouvelles récompenses, dont une nouvelle lors de la 7e édition du Japan Media Arts Festival, avec cette fois-ci le prix d'excellence.
En 2004, il ouvre une parenthèse dans sa carrière cinématographique pour passer au petit écran, en réalisant sa première série animée complète, Paranoia Agent. Sur treize épisodes, il distille le meilleur de son art en proposant un des animes les plus ambitieux des années 2000. Schizophrénie, stress, suicide, pression sociale, paranoïa, prostitution, persécution... Satoshi Kon y distille tous les maux de la société afin de passer au crible les constituants du malaise humain. Déroutant, perturbant, Paranoia Agent dérange autant qu'il fascine, et devient une nouvelle preuve du talent incommensurable de son créateur.
Deux ans plus tard, en 2006, Kon parvient à concrétiser l'un de ses plus anciens projets, qui n'avait pu voir le jour après Perfect Blue du fait de problèmes financiers au niveau de la production : adapter un roman de l'un de ses écrivains favoris, l'hyper fictionaliste japonais Yasutaka Tsuitsui.
Naît alors le film le plus surréaliste et le plus abouti de son auteur, synthèse digérée de toutes ses influences, bouclant ainsi la boucle d'une filmographie sans faute : le chef-d'œuvre Paprika. Plongée fascinante dans l'univers des rêves et leur impact sur le réel, le tout sublimé par un déluge visuel scotchant littéralement le spectateur, Paprika sonne comme l'aboutissement ultime de son auteur.
Encore une fois, le public et la critique ne s'y tromperont pas, et ne tariront pas d'éloges à son sujet.
Décédé le 24 août 2010 à l'âge de 46 ans, Satoshi Kon travaillait sur son nouveau projet de film, intitulé The Dream Machine (Yume Miru Kikai), qui devait selon lui s'adresser à un public plus jeune.
Artiste visionnaire obsédé par la science des rêves et les réalités subjectives, conteur d'histoire sans égal, Satoshi Kon laissera derrière lui une filmographie peu fournie mais regorgeant d'œuvres indispensables. Ayant contribué au rayonnement international de l'animation japonaise, ce créateur insatiable aura réussi à tirer le meilleur de toutes ses influences (Lynch, Hitchcock, K.Dick, Gilliam, Otomo, Tsutsui...) pour se forger une identité artistique propre et inimitable, devenant à son tour une source d'inspiration pour toute une génération de cinéaste aussi bien au Japon que dans le reste du monde (Aronofsky, ou encore plus récemment Nolan et son Inception).
Chapeau l'artiste...
Spiky
Sources : Wikipédia - Allocine - DVDrama - Première
Tags : MilleniumActress, Otomo, ParanoiaAgent, PerfectBlue, SatoshiKon, TokyoGodfathers, animation, manga
Commentaires
#1 samantha008
Salut,
Plein de jolies choses sur ce blog . Un joli moment de passer sur ce site . merci pour ce magnifique partage…
<a href="http://www.etoiledevenus.com">horoscope</a>
super blog
[url=http://www.etoiledevenus.com]voyance[/url]
Longue maladie, l'expression consacrée prend un coup dans l'aile, car quand son médecin lui a annoncé le diagnostique au début de 2010, il ne lui a pas caché qu'il n'en avait que pour quelques mois. Je ne sais pas si le message que Kon a choisi de publier à ce sujet sur son blog a déjà été traduit en français ?