Les femmes du Japon féodal - Epouses soumises et concubines habiles

Dans la culture japonaise classique aristocratique, la femme était respectée, elle avait une place très digne, bien qu'elle soit souvent considérée comme d'une condition inférieure à l'homme. Dès le plus jeune âge, on lui enseignait que son devoir était de servir trois maîtres : Son père, son époux et son fils, les figures masculines de la famille.


Une femme de haut rang n'avait aucune liberté ; pas de carrière possible en dehors du mariage ; le célibat lui étant pour ainsi dire interdit. Son mari était choisi par ses parents : les alliances entre familles nobles samouraïs ne pouvaient être laissées au hasard. Au cours de l'histoire, les exemples abondent de mariages arrangés pour servir les intérêts politiques d'un seigneur en quête d'alliés. On relate des cas de siège d'un château ou d'une forteresse où les épouses furent autorisées à quitter la citadelle en palanquin, entourées d'égards, avant l'assaut principal. Elles n'en demeuraient pas moins des captives entre les mains du vainqueur, prêtes à servir de nouvelle monnaie d'échange ou de négociation.







Comme dans la plupart des sociétés traditionnelles, le premier devoir d'une épouse était d'engendrer un fils qui hériterait du domaine paternel. Il lui incombait également d'éduquer ses filles, de leur enseigner les bonnes manières, de leur apprendre à lire et à écrire, à porter les tenues de cérémonie, ainsi que, de manière générale, à assurer la bonne marche et l'harmonie du foyer.

Malgré tout cela, les femmes qui ont vécu durant ces temps là étaient fortes, souvent même très fortes, puisqu'il leur fallait vivre fréquemment (selon les époques) le départ de leur maris à la guerre, puis la longue attente, parfois des mois, du retour de leur bien-aimé ou pire : l'annonce de sa mort au combat.

Leur vie était très aléatoire selon leur statut, en effet, parmi ces femmes, l'on trouvait aussi des nourrices, qui s'occupaient des jeunes enfants et qui partageaient leur jeux (par exemple, le cerf-volant), mais aussi les vieilles femmes et les veuves; qui menaient une vie paisible, donnant des conseils mais détenant peu de pouvoir. Pour autant, certaines veuves se sont illustrées par leur talent politique, telle Yodogimi*, concubine du grand Toyotomi Hideyoshi et mère de son jeune héritier Hideyori, qui joua un rôle crucial dans la constitution de l'alliance loyaliste opposée aux Tokugawa durant les premières années du XVII° siècle. Les femmes de cette trempe ne représentent tout de même qu'un nombre peu important au regard des femmes de ménage, de chambre, des cuisinières mais surtout des innombrables épouses du peuple qui travaillaient aux champs etc.







En dépit de quelques exemples notoires, donc, le Japon féodal était empreint d'une certaine misogynie propre à bon nombre de cultures claniques et guerrières. Il était virtuellement impossible, pour une femme, d'accéder à des postes plus élevés qu'un homme. Le rôle de la femme du samouraï était entre autre de commander aux soldats en l'absence de son mari, statut parfois mal vécu par ces guerriers ombrageux, de faire les comptes, d'engendrer des héritiers et de les éduquer dans la tradition martiale, et enfin de rendre grâce à Bouddha.

Les épouses des samouraïs devaient leur rang - et leur sécurité - aux talents militaires de leurs maris. Certaines se fiaient aux hommes pour les défendre, d'autres apprenaient elles-mêmes à se battre. Dans les villes, les femmes devenaient parfois geishas ("personne qui pratique les arts"), des dames de compagnie d'une très haute éducation artistique. Les samouraïs les fréquentaient pour se distraire ou pour conter fleurette à quelque beauté en vogue. Elles étaient souvent de véritables artistes, musiciennes, poètes ou conteuses. C'est ainsi qu'en dépit des apparences et de leur absence de pouvoir réel, les femmes jouèrent aussi leur rôle dans la grande et la petite histoire du Japon. En effet, derrière chaque grande décision, derrière chaque projet d'envergure, il n'est pas rare que celui qui cherche trouve le conseil avisé des femmes de ce temps.

Ujio

* Lire à ce sujet « Le Château de Yodo », d'Inoué Yasushi


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